Chapitre 1
Chers amis,
Voici pour vous le premier chapitre de ce mini-
roman exclusif intitulé « LE SECRET DE MARGAUX ».
Vous en découvrirez la suite au fil des prochaines
semaines. Et j’espère sincèrement que vous aurez
autant de plaisir à retrouver ou à découvrir Margaux
de Dente, l’héroïne de la série « LE TEMPLIER
DE L’OMBRE » parue chez XO éditions, que j’en ai
ressenti à vous en raconter l’histoire.
Belle lecture à tous.
Votre amie de papier
Mireille Calmel
Une chaleur douce, réconfortante, montait à l’assaut des pierres du manoir, damassant la tenture épaisse du baldaquin, projetant sur ma peau nue des lueurs fantasques. Le feu crépitait dans l’âtre, face à Michel qui s’était levé pour ajouter une bûche entre les chenets.
Il s’attarda quelques instants devant ces flammes hautes, généreuses, flattant inconsciemment mon regard de ce corps nu que les années passant avaient renforcé d’une musculature puissante. Je l’avais connu chétif, abîmé par les épreuves. Il avait fallu six années, l’âge de notre fille Anne, l’âge de Lucia, sa jumelle perdue, pour transformer l’homme qui se tenait à quelques pas de notre couche en père et époux aimant, réconcilié avec lui-même, avec son passé, avec ses fêlures. Réconcilié aussi avec la peur de me perdre. Six années pour faire de lui ce châtelain respecté, que notre ennemi d’hier, Othon d’Aure, ce Templier de l’Ombre surnommé l’alchimiste, lui avait permis d’être en lui offrant cette baronnie de Sainte-Eugénie limitrophe de la mienne. Six années pour que s’allège en lui le poids de ses fautes. Pour qu’il se pardonne la disparition de Lucia.
Y étais-je parvenue, moi, Margaux de Dente ? Moi qu’il caressait à présent du désir de ses yeux d’émeraude ? Moi qui tendais main vers lui pour le rappeler à mes côtés, nouant une fois de plus les fils de notre apparente complicité ?
Non.
Je n’avais rien oublié. Rien pardonné.
La vérité avait pris la forme d’un abîme dans mon cœur de mère. Et rien, ni le rire d’Anne, ni ses yeux mutins, ni sa vivacité d’esprit, ni ses câlins, ni ses jeux dans lesquels je me perdais, ne parvenait à effacer le manque, viscéral, de sa sœur. Michel pensait Lucia morte de froid quand Othon d’Aure l’avait emportée, à peine née, vers la forteresse d’Albedun. Moi je la savais vivante, grandissant dans le foyer de cet homme. Je n’avais pas de raison d’imaginer qu’il en fût autrement. Si pervers et monstrueux soit-il, Othon d’Aure était un homme de parole. Il l’avait prouvé en disparaissant de nos vies après avoir couvert Michel de largesses. Tant que je serais l’épouse parfaite qu’il voulait pour son fils, Lucia serait élevée comme sa fille. Elle ne manquerait de rien. Pas même de moi puisqu’elle ne connaîtrait jamais ses véritables origines.
Mais ce ne m’était pas une consolation.
Comme Lucia, j’étais la prisonnière de cet homme.
...