Souvenirs souvenirs...

Mardi 10 mars 2026

Mes bien chers vous,

Cela fait vingt cinq que je n’ai plus chanté. Sur scène, j’entends. Vous l’ignorez sans doute, mais avant d’être cette romancière que vous suivez, j’ai porté mon souffle aux autre coins de France, entonnant mes chansons mais aussi et surtout des reprises, avec un répertoire qui allait de Piaf à Celine Dion.

Des années durant lesquelles, intermittente du spectacle, je donnais aussi des cours de théâtre par le biais d’une association “Les tréteaux de l’enfance'“ que j’avais créée ( et qui existe toujours), je jouais dans mes propres pièces…

et je servais de modèle aux peintres d’une autre association “Les Arlequins” pour du body painting.

Une vie différente, animée par le besoin de nourrir mes enfants mais pas uniquement.

J’avais besoin de cette confrontation avec le regard des autres. Je m’en suis nourrie. Pour que la petite fille d’hier qui ne s’aimait pas puisse espérer y arriver un jour. Pendant ce temps, j’écrivais, comme je le faisais depuis l’âge de neuf ans. Mais cette fois de manière différente. Parce que cette force fragile née de ma rencontre avec un public éphémère me donnait un peu plus chaque jour le courage d’affronter mes émotions, mes contradictions, mes peurs les plus violentes.

C’est ainsi qu’est né le lit d’Aliénor.

Le succès, immédiat de ce livre, de ceux qui ont suivi, m’ont contrainte à faire un choix. Ecrire à temps plein ou continuer mon existence de nomade. J’ai choisi la première option et pas un instant je ne l’ai regretté depuis.

Pourquoi je vous parle de cela?

Parce qu’avec la scène, ma voix s’est peu à peu perdue. Les textes, les musiques aussi. Il m’arrivait encore de fredonner l’une de mes chansons, mais… avec les témoins disparus, emportés par la vie ou la mort, de cette période, j’ai fini par oublier cette partie de moi.

Jusqu’au mois dernier.

Une rencontre dans un salon. Quelqu’un qui m’avait suivi dans mes tournées musicales. Qui écoutait encore mon CD ( et oui j’en avais enregistré un!).

Quelqu’un qui regrettait que je ne me produise plus. 

“Je retrouve votre voix dans vos livres, madame Calmel, mais ce n’est pas la même chose. Quand je vous écoute chanter, c’est comme si une part de votre âme me sertissait de lumière” m’a-t-il dit, les larmes aux yeux.

Les miens se sont remplis.

Je lui ai avoué que je n’avais plus de trace de ces enregistrements et que peut-être, oui, avec eux, c’était une partie de moi que j’avais égaré en chemin. Hier, j’ai reçu un paquet, avec mon CD qu’il m’invitait à copier avant de le lui renvoyer tel un trésor précieux. Je l’ai fait puis, pour m’assurer que tout était OK, j’ai lancé le premier morceau.

Et je me suis retrouvé en larmes, secouée de si gros sanglots qu’ils ont couvert ma voix. Et que les souvenirs ont balayé le décor de mon bureau.

Je me suis sentie stupide. Effrayée. Parce que je ne comprenais pas ce qui me mettait dans cet état.

Je n’ai jamais regardé en arrière, ce n’est pas dans mon tempérament. Alors pourquoi un telle réaction en écoutant ces chansons?

Je suis allée au bout de l’album, comme un bateau ivre, les sens retournés. Et à l’heure où je rédige ces mots, je pleure de nouveau devant mon clavier. Parce que ce matin, j’ai enfin trouvé la réponse.

Cette voix là, dans les écouteurs, c’était celle d’un espoir démesuré. D’un courage à cran. D’une vie en miettes. Mais c’était aussi et surtout la voix de la résilience. Celle qui cherchait dans les yeux de ces inconnus le droit de vivre normalement. Le droit de s’aimer et d’être aimée au-delà de l’apparence.

Ces soirs là, sur scène, uniquement sertie dans ma bande son, je n’avais que trois minutes, le temps d’une chanson, pour qu’ils m’acceptent. J’entrai dans l’arène avec la peur d’être caillassée comme quand j’étais petite et qu’en me voyant paraître on me traitait de monstre. Je donnais plus que ma voix. Je donnais mes tripes, je donnais mon âme et d’une certaine manière, je demandais pardon de ne pas être légitime. Chanter les autres, quelle prétention!

Et dans les heures qui suivaient, je pleurais, comme hier, comme maintenant, à gros sanglots. Parce que j’avais reçu tellement plus que je n’avais donné ! Ce n’était pas tant les bravos, c’étaient ces regards emplis d’étoiles qui m’assuraient d’en conserver quelques unes dans le mien. Qui me disaient de croire en demain, quoi qu’il advienne. Que j’avais le droit d’être là, de défier la douleur, la peur, la désillusion. Que j’avais le droit d’être moi même.

J’ai cessé de chanter. Mais à l’inverse de ce que j’ai cru devant Jean-Bernard, je n’ai rien perdu.

Er c’est pour cela que je pleure aujourd’hui. Pour laisser s’en aller, cette fois pour de bon, la petite fille monstrueuse que je croyais avoir effacé du miroir depuis longtemps.

Sa voix est toujours là. Il m’a suffit d’entonner l’une des chansons pour qu’elle revienne, nette, claire, quand elle semblait éteinte au point que je n’osais même plus chanter dans les karaoké. Je l’avais écrasée au fil des pages. Dans d’autres voix, dans d’autres souffles. Peut-être pour ne plus avoir à l’entendre. Mais c’était une erreur.

Et je le sais désormais.

En moi, elle n’est plus quête. Elle est murmure.

Elle est ce que j’ai construit grâce à XO, grâce à mon époux, grâce à ma famille, mes amis.

Et elle continue de se nourrir de ce que vos messages, vos rires, vos partages et chaque moment que je vis près de vous m’offrent sans compter. Je n’ai cessé de vous dire à quel point vous étiez important pour moi. Cela n’a jamais été plus vrai qu’en cet instant où la petite Mireille s’incline une dernière fois devant vous.

Pour vous remercier de l’avoir rendue entière.

Libre.

Vraiment, cette fois.

Je vous embrasse.

Les rendez-vous de Mireille Calmel

Par Mireille Calmel

Je suis née en décembre 1964, et depuis, je n’ai eu de cesse de me battre contre la maladie, la peur, l’adversité.

Condamnée trois fois par la médecine traditionnelle, j’ai eu la chance, immense, de m’en sortir grâce à ma mère, célèbre guérisseuse dans le midi de la France, mais aussi par l’usage des plantes médicinales, des huiles essentielles et une hygiène de vie rigoureuse.

Ma force, mon énergie, c’est dans l’écoute, le partage avec les autres et surtout, surtout dans l’écriture que je la puise.

Voici vingt cinq ans, j’ai signé mon premier contrat d’édition dans la prestigieuse maison XO pour un roman intitulé “Le lit d’Aliénor” qui allait séduire plus d’un million et demi de lecteurs.

Depuis, j’enchaîne les best-sellers. 32 à ce jour, toujours chez XO, car je suis d’un tempérament fidèle.

Mais cette réussite, c’est surtout à vous, mes millions de lecteurs que je la dois.

Ce sont vos regards qui pétillent, nos rires partagés, nos moments complices qui font mon bonheur. Qui font que la petite fille terrifiée d’hier est parvenue à s’aimer un peu. Juste assez pour rester humble face à tout cela et vouloir vous transmettre le meilleur de ce qu’elle aime, de ce qu’elle connaît.

Sans autre prétention que cela: vous remercier du fond du coeur de votre confiance sans cesse renouvelée.