LES TRUCULENTES AVENTURES D'AMELINE PETIT BON: Chapitre1

Jeudi 12 mars 2026

Mes bien chers vous,

Je suis heureuse aujourd’hui de vous présenter Ameline Petit Bon. Elle vous tiendra désormais compagnie tous les jeudi jusqu’à la fin de cette année où j’aurai le plaisir, (pour celles et ceux qui auront souscrit ou renouvelé l’abonnement annuel en 2026 ) de vous l’offrir en version papier.

Refusé par XO en 2018 à cause de son contenu trop atypique, difficile à inscrire dans mon univers littéraire, ce roman reste pour moi un joli ( très) moment d’écriture et je l’aime particulièrement ( vous comprendrez vite pourquoi…). Atypique? Je l’ai toujours été, mais il était plus facile de l’être il y a vingt cinq ans quand les codes de la distribution l’admettait au milieu des genres. Aujourd’hui, non seulement il y a des genres, mais aussi des sous genres et des sous sous genre, si bien qu’un tel roman difficile à codifier et à mettre en rayon de ce fait, est presque impossible à publier.

J’aime les défis, et surtout, je sais que peu importe les codes, ce que vous aimez, vous, ce sont les belles histoires.

Et celle d’Ameline en est une.

Alors voilà. Comédie de moeurs, farce tendre et truculente, roman historique, coquin ( voire un peu plus) personnages réels, adaptation d’un conte provençal, intrigue, aventure… il y a de tout cela et bien d’autres choses encore dans ce titre et ce récit.

Je vous le livre avec tendresse. Et je l’espère, dans l’espoir qu’il vous fasse rire, pleurer et réfléchir aussi.

Je vous embrasse.

Mireille

PS: Et parce que j’ai envie que ce soit une découverte, les trois premiers chapitres seront accessibles à tous. À partir du 30 mars, ceux qui ne sont pas abonnés à l’année et ne le souhaitent pas, pourront acquérir “Les truculentes aventures d’Ameline Petit Bon “dédicacé sur ma libraire en ligne: https://mireillecalmel.sumupstore.com

À toi et pour toujours, ma petite maman….

1.

Jean Petit Bon avait toujours été pingre.
À peine eut-il ouvert les yeux sur le monde qu’il s’emparait de la médaille en or que sa mère portait autour du cou et refusait de la lâcher. Pour apaiser ses pleurs de nourrisson, rien de mieux que le tintement d’une pièce sur le comptoir ; ses colères d’enfançon : un client richement vêtu qui entrait dans la rôtisserie du sieur Bon, son père. Plus tard, héritier de ce commerce prospère de la rue Saint-Laurent, à Aix-en-Provence, il lui suffisait de compter mentalement ses bénéfices au fil de la journée pour garder un sourire jovial.

Non qu’il fût détestable, ni détesté, même si, par-derrière, on le surnommait Petit Jambon. Il était simplement né avec cette malédiction : rien, à son goût, ne méritait plus d’égard que la fortune. Ce qui impliquait, hélas, que pour mieux la servir, il ne l’entamât point. 

Ainsi, bien qu’il fréquentât en homme influent le palais du roi René, ceux qui le croisaient dans les grands corridors, les antichambres ou les cuisines selon la raison qui l’y amenait, le prenait aisément pour un valet.

Et pourtant, soupira intérieurement Ameline en pliant les tabliers rapiécés de son époux, il aurait largement de quoi, par une mise décente, faire honneur à ses qualités.

Car Jean en possédait, à ses yeux, plus que la moyenne. Il était honnête, ne la battait pas comme tant d’hommes du quartier pour tout ou rien, travaillait avec autant de soin que de goût et, ce qui ne gâtait rien, était fort bel homme. C’était d’ailleurs ce dernier point qui l’avait séduite, avant même qu’on songeât, de part et d’autre, à unir leurs destins.

Elle déposa le linge dans un panier et en saisit un autre. Lisser un tissu trop usé était devenu hasardeux. S’il venait à percer sous sa pression, Jean l’obligerait à fureter dans le quartier en quête d’un fil accroché à un dormant de porte. Il faudrait ensuite qu’elle s’escrime à le glisser dans le chas d’une aiguille vétuste, en priant pour qu’il fût assez long et solide pour réparer l’accroc. Tant de peine pour si peu, quand une fortune dont elle était incapable d’estimer l’ampleur dormait dans la cave, derrière un mur dont seul Jean connaissait le mécanisme.

Ameline Cassagne se moquait bien de cette richesse. Elle regrettait seulement qu’elle ne leur offrît pas un quotidien plus confortable. Et surtout, oui, surtout, que Jean chérît ce tas d’or bien plus qu’il ne l’estimait, elle. Car, aussi avare fût-il, elle l’aimait de tout son cœur quand lui n’aimait personne.

Elle se souvenait parfaitement du jour de leur rencontre. Sa mère l’avait envoyée acheter un carré de cet agneau dont le plateau de la montagne Sainte-Victoire s’était fait une spécialité.

Jean allait sur ses dix-neuf ans. Il affichait des épaules larges sous sa blouse, un front haut épaissi de boucles brunes, des yeux clairs, des lèvres gourmandes. Elle, âgée de quinze ans à peine, venait d’arriver d’Arles dans le sillage de sa mère, Marguerite Bonnot, veuve de Rémi Cassagne qu’aucune des deux n’avait pleuré.

Jean ne lui avait pas encore adressé la parole, occupé à servir, qu’elle s’était sentie balayée par une vague de chaleur. Dans sa candeur de jouvencelle, elle l’avait mise sur le compte de l’immense rôtissoire devant laquelle il s’activait. Quant aux battements désordonnés de son cœur, ils avaient trouvé pour excuse sa timidité face à une échoppe bondée d’inconnus.

Toujours était-il que Jean Petit Bon ne s’était pas attardé sur ses joues hautes et roses, sur sa bouche délicate, sur son teint de porcelaine. Il n’avait pas remarqué non plus ses longs cils recourbés qui soulignaient l’éclat émeraude de son regard. Pas davantage il ne s’était troublé devant la générosité de sa poitrine rehaussée par le corset, sa taille de guêpe et le haut de ses poignets, dévoilés par des manches trop courtes. À l’inverse des hommes qui patientaient et l’avaient renvoyée au reflet qu’elle avait d’elle dans le miroir, Jean Petit Bon n’avait examiné que ses souliers et sa robe, avant de lui accorder un sourire et de lui demander ce qu’il pouvait pour son service. 

Dix-huit mois après un mariage sans pompe, trop coûteux sinon, cette question restait entière. Pis encore, Ameline était persuadée que Jean ne l’avait épousée que pour deux raisons.

La première était la promesse, tenue depuis, que madame veuve Cassagne, couturière du roi René et de son épouse, ferait de lui le rôtisseur attitré du palais.

La seconde aurait dû être flatteuse : elle était belle et bien tournée.

 Il avait fini par le lui avouer, avant d’ajouter, goujat sans s’en rendre compte, que cet atout leur permettrait d’obtenir des remises sur tout, pour peu qu’elle apprît à en jouer. Il avait précisé, avec naturel, qu’elle devrait toutefois doser ses effets afin que sa réputation, à lui, ne fût point entachée. Sans songer, évidemment, que la sienne y serait sacrifiée.

Si au moins, pensa Ameline en rangeant le dernier tablier dans sa corbeille, il m’avait fait un enfant…

Mais Jean Petit Bon ne s’était servi qu’une fois de son bâton, pour leur nuit de noce. Et Ameline était certaine que c’était, comme pour le reste, par peur de l’élimer.

Quelqu’un, pourtant, veillait dans l’ombre.

Quelqu’un de déterminé, ce 6 août 1476, à donner à Jean Petit Bon la plus cruelle des leçons.

Les rendez-vous de Mireille Calmel

Par Mireille Calmel

Je suis née en décembre 1964, et depuis, je n’ai eu de cesse de me battre contre la maladie, la peur, l’adversité.

Condamnée trois fois par la médecine traditionnelle, j’ai eu la chance, immense, de m’en sortir grâce à ma mère, célèbre guérisseuse dans le midi de la France, mais aussi par l’usage des plantes médicinales, des huiles essentielles et une hygiène de vie rigoureuse.

Ma force, mon énergie, c’est dans l’écoute, le partage avec les autres et surtout, surtout dans l’écriture que je la puise.

Voici vingt cinq ans, j’ai signé mon premier contrat d’édition dans la prestigieuse maison XO pour un roman intitulé “Le lit d’Aliénor” qui allait séduire plus d’un million et demi de lecteurs.

Depuis, j’enchaîne les best-sellers. 32 à ce jour, toujours chez XO, car je suis d’un tempérament fidèle.

Mais cette réussite, c’est surtout à vous, mes millions de lecteurs que je la dois.

Ce sont vos regards qui pétillent, nos rires partagés, nos moments complices qui font mon bonheur. Qui font que la petite fille terrifiée d’hier est parvenue à s’aimer un peu. Juste assez pour rester humble face à tout cela et vouloir vous transmettre le meilleur de ce qu’elle aime, de ce qu’elle connaît.

Sans autre prétention que cela: vous remercier du fond du coeur de votre confiance sans cesse renouvelée.