Mercredi 19 mars 2026
Mes bien chers vous,
Dans quelques semaines sortiront, presque conjointement Les truculentes aventures d’Ameline Petit Bon chez KDP et Noces de Cendres chez XO.
Deux romans très différents. Même si tous deux parlent de malédiction et d’amour. Mais l’un s’accroche à une légende bretonne, l’autre à un conte médiéval. Brouillard d’un côté, soleil éblouissant de l’autre. À votre avis, où se cache la véritable noirceur, la vraie lumière?
Dans le coeur de ces deux héroïnes fragiles et pourtant bien moins qu’il n’y parait, évidemment. 😂
Voici les quatrième de couverture:
Vous pouvez dès aujourd’hui, si vous le souhaitez, réserver votre (ou vos) exemplaire dédicacé en pré-commande sur ma librairie en ligne.
https://mireillecalmel.sumupstore.com
J’aurai ainsi le plaisir de vous offrir les jolis marque-page assortis que je suis en train de créer.
En attendant, comme j’ai eu envie de vous livrer À TOUS les premiers chapitres de Les truculentes aventures d’Ameline Petit Bon voici en avant-première (et jusqu’à sa sortie le 16 avril) ceux de Noces de Cendres, qui je l’espère, vous emporteront au coeur de Sigilée et de son mystère.
Je vous souhaite une lecture aussi troublante et envoûtante que l’écriture de ces lignes l’a été pour moi.
Et je vous embrasse très chaleureusement.
Mireille
Prologue
2 octobre 1468
Baules de Kerbleiz, presqu’île de Rhuys
Les hurlements de la meute cinglaient les roseaux et les ombellifères, s’accordant au rythme des pleurs du nourrisson contre son sein, des battements fous de son cœur sous la cotte trempée de sueur.
Fuir. Leur échapper.
Ces pensées fouettaient son esprit avec la violence des ronces sur ses chevilles nues.
Elle glissa sur une motte d’argile et de feuilles, se rattrapa d’une main à un arbrisseau, resserra l’autre autour des langes.
Le sauver, lui.
À défaut d’elle.
Un sanglot lui remonta des entrailles. Mélange de fatalisme et de lucidité. Elle l’expulsa dans un gémissement, s’élança de nouveau. Ne pas céder. Ne pas céder à la panique. Rattraper ce bref moment perdu à retrouver son équilibre, à reprendre sa course. Cela seul devait lui importer. Elle n’était pas comme les autres. Elle pouvait y arriver.
Elle devait y arriver.
Autour d’elle, les salines mortes exhalaient le parfum âcre, minéral, d’une pourriture préservée par les eaux saumâtres. L’ombre s’étirait, vorace, à mesure que les dernières vapeurs du couchant figeaient la ligne d’horizon.
Atteindre le manoir. S’enfermer dans la tour. Là-bas ils ne pourront plus rien.
Elle n’était pas si loin. Elle devinait la silhouette des bâtiments, masses rassurantes, écrins de pierre épaisse, plantés sur la rive du marécage comme un défi à la malédiction qui le hantait. Elle connaissait le chemin, elle l’avait déjà emprunté à plusieurs reprises pour ramasser l’osier.
Avant.
Avant de mettre l’enfant au monde. Avant de comprendre qu’il lui serait arraché.
De nouveau cette langue de terreur au plus profond d’elle. Elle plissa les paupières pour dompter la pénombre.
Ne pas hésiter. Chaque seconde perdue rapprochait les loups.
Un couple de perdrix s’arracha brusquement d’un bosquet, s’envola dans un battement d’ailes, un cri rauque qui répondit au sien. La surprise avait eu raison de son pas claquant la boue salée. Sa cheville tordue peina à retrouver son allant.
Elle se mordit la lèvre au sang. S’obligea à avancer malgré la douleur.
Le bruissement des herbes, la tension presque palpable indiquaient la présence des autres, des hommes-bêtes, à quelques foulées seulement derrière elle. Elle accéléra encore, la haute silhouette de la tour dans son regard perdu, noyée par les larmes.
La porte se dessinait nettement sur la façade noircie par l’humidité.
Juste en face. Au bout du sentier contournant la discrète bande de lagune.
Accessible.
Les grognements s’intensifièrent dans son dos, comme si les loups voulaient l’assurer du contraire.
Elle n’avait plus le temps de suivre les modestes pierres levées balisant la terre ferme. D’autres émergeaient de l’onde opaque, y traçant une allée. Un accès plus direct.
Plus risqué au milieu de la nuit, du remplissage lent, oppressant, du marais.
Pas le choix. Plus le choix.
Elle bifurqua, de l’eau à mi-chevilles, puis à mi-cuisses.
Elle hissa son fils plus haut, sous son menton. Impossible de courir désormais. Mais le refuge n’était plus qu’à une dizaine de coudées.
Elle acceptait de s’en rassurer quand, brusquement, son pied refusa de bouger. De se décoller. Elle sentit la panique l’envahir en même temps que le froid. Elle voulut relever l’autre, sa cheville foulée.
Elle n’y parvint pas.
Le sanglot remonta. Elle le combattit en s’agitant frénétiquement. Tenta de se libérer.
C’est alors qu’elle les vit. Hommes-bêtes et loups côte à côte. Remontant les passages situés de chaque côté de la saline dans laquelle elle était engluée. Ils progressaient en silence à présent. Les uns derrière les autres. Avec la lenteur et la souplesse des prédateurs qui savent la défaite de leur proie et en savourent l’instant.
Ce fut quand leur maître sortit de la tour, le moine dans son sillage, qu’elle comprit que tout avait été vain. Même ce fol espoir. Les deux meutes, celle des loups, celle des garous, avaient dirigé sa fuite. Elles les avaient menés ici.
Elle serra son fils contre elle. Plus fort. Esquissa une plainte, un « pitié » inutile.
Le maître entra dans l’eau, les loups en cercle derrière lui. Qui était homme ? Qui était bête parmi eux ? Tous portaient masque de poil, de sang sur des babines retroussées.
Tous étaient la malédiction. Même ce moine au visage blafard, au regard vitreux, servile sans en avoir conscience.
Et lui.
Ce loup immense, dressé sur ses jambes gainées de cuir, aux mains griffues, aussi noires que le poil lui recouvrant les joues.
Le diable.
Comme les siens, homme et loup mêlés.
Il tendit la main vers elle.
Elle crispa ses doigts sur le lange. Implora de nouveau.
—Donne-le, exigea- t‑il, l’œil avalé par les ténèbres, le museau lupin. Il vivra, je t’en fais la promesse.
Elle sanglota.
—Deviendra- t‑il comme… eux ? Comme… vous ?
Il ne répondit pas. Attendit. Les autres ne bougeaient plus. Le moine dardait sur elle un crucifix ensanglanté.
L’eau montante lui balayait la poitrine, caressait les cuisses de son fils. Il avait cessé de pleurer. Elle se mit à claquer des dents. Elle baissa les paupières, frissonna.
Un long tremblement chargé d’amour, de désespoir, de renoncement.
Quand elle les releva, le maître des meutes avait saisi l’arc dormant sur son épaule, y avait encoché une flèche.
Il la visait. Entre les yeux.
Il ne permettrait pas qu’elle noie son enfant.
Il la tuerait avant.
Elle avait une chance, encore, de veiller sur lui… de loin.
Alors elle s’arracha le cœur, le ventre, et décolla le petit corps de son sein. Le moine approcha, s’en saisit avec une douceur presque rassurante bien qu’elle fût certaine qu’il ne contrôlait rien, puis tourna le dos et regagna la rive.
Ce fut tout ce qu’elle vit.
L’instant suivant, elle chutait en arrière, emportée, le front percé, par la puissance du fer.
Sans avoir eu le temps d’un cri.
💛