NOCES DE CENDRES AVANT PREMIERE: Chapitre 6

Mardi 28 avril 2026

6.

24 juin 1505

Château de Suscinio

Le saunier qui se tenait devant lui courbait légèrement l’échine dans une attitude de soumission fidèle. Une attitude à laquelle René de Kerboullart avait fini par s’habituer au fil des années sans parvenir à la trouver légitime. Il fut tenté de lui demander de se redresser, s’abstint cependant. C’eût été blesser cet homme qu’il connaissait depuis l’enfance.

— Es-tu certain que c’était elle ? insista-­ t‑il pour le contraindre, indirectement, à lever le nez.

— Des yeux mauves, maître.

René de Kerboullart sentit son cœur s’emballer. Aucune autre dans la contrée. Et lui-même, qui avait été happé par ce regard-là, en restait hanté.

— Est-elle entrée dans la tour ?

— Non. Et elle ne m’a pas vu.

Il se sentit soulagé. Provisoirement.

— Assure-toi, si elle revient, qu’elle ne puisse accéder au sous-sol.

— Je vais en masquer l’accès. Autre chose, maître ?

René de Kerboullart hésita. Il aurait été plus logique qu’il s’adressât à son lieutenant, mais le saunier serait plus convaincant. Et il avait toute sa confiance

Il retourna derrière son écritoire, saisit un feuillet, une plume, puis, d’un geste sûr, la plongea dans l’encrier.

Le rubis qu’il portait à son anneau sigillaire scintilla sous la lueur de la chandelle tandis qu’il traçait, rapidement : « Elle a pour nom Sigilée du Quiricec. Le père me refuse sa main. Un ordre de la vôtre suffirait. » Il promena un bâton de cire sur le rabat du bref puis y écrasa son sceau. L’instant suivant, il était devant le saunier, toujours immobile, dans l’attente.

René de Kerboullart lui tendit le pli.

— Chevauche jusqu’à Vannes et remets-le, en mains propres, à Sa Majesté.

Le saunier se troubla.

— Aucun garde ne me permettra de l’approcher.

René de Kerboullart retira sa bague et la fit jouer entre ses doigts aux ongles soignés.

— Ceci te servira de sauf-conduit. Rapporte-la-moi avec sa réponse sitôt qu’elle te l’aura confiée.

Le saunier hocha la tête, glissa message et anneau dans sa besace et prit congé en frappant par deux fois son poing sur sa poitrine.

René de Kerboullart serra les mâchoires. Bientôt, si tout se déroulait comme il l’entendait, de cela aussi cet homme serait délivré.

Resté seul, il se posta devant la fenêtre. De nouveau la pluie en battait les carreaux, de nouveau il eut l’impression que chaque goutte le visait, comme autant de lances destinées à lui percer le cœur. Des traits enfantins, un rire léger percèrent sa mémoire. Parfois, dans ses appartements, il lui semblait percevoir encore la présence de son fils, entendre son pas sur le plancher. Il redescendait en frissonnant, plus glacé que le jour où…

Trois coups brefs contre la porte l’arrachèrent à sa vision, à son émoi, à sa douleur.

— Entrez, lança-­ t‑il en pivotant vers le battant, convaincu de recevoir Hervé Le Guénan, prieur claustral de l’abbaye Saint-Gildas, qui avait réclamé une audience.

Il savait déjà de quoi le brave homme allait se plaindre.

Des loups. De ces loups qui apparaissaient de nulle part pendant la pleine lune, égorgeaient des moutons, puis, l’astre ayant décru, disparaissaient. C’était la même litanie depuis des mois. Il organisait des battues qui ne donnaient aucun résultat. Et promettait d’anticiper pour la fois suivante. Il avait déjà donné l’ordre à une escouade de surveiller les abords de l’abbaye. Il rassurerait le prieur. Celui-ci le remercierait en promettant de prier pour lui et pour la résolution de cette énigme, n’obtiendrait rien de son initiative et tout recommencerait.

De cela aussi il était lassé.

À la place de l’homme bedonnant à la tonsure parfaite et aux joues épaissies par un collier châtain, il reconnut le palefrenier de Calsac. Un benêt noueux à qui il avait confié son bai et qui regardait ailleurs pendant qu’il présentait sa requête à Amaury du Quiricec. Une pointe s’immisça au creux de ses reins. Sigilée aurait-elle su convaincre son père ?

— Pour… vous… chuuuuttt… secret…, récita Robinet en lui tendant son billet.

Intrigué, René de Kerboullart s’en saisit, brisa le sceau d’un mouvement sec, déjà troublé par le parfum de rose musquée qui s’en dégageait.

La phrase, tracée d’une écriture élégante, était sibylline, mais, ajoutée à ce que venait de lui apprendre le saunier, elle lui fut suffisante.

— Chuuuut… secret…, répéta Robinet avant de plaquer un index en travers de sa bouche.

— Il sera bien gardé.

De toute évidence, le palefrenier n’attendait pas d’autre réponse puisqu’il se contenta de hocher la tête, de trahir dans un sourire candide sa satisfaction d’avoir accompli sa mission, puis de sortir sans le saluer.

Un sentiment étrange s’empara alors de René de Kerboullart, réveillant en lui l’instinct du chasseur.

Il l’apaisa en serrant les poings, se rendit devant l’âtre rougeoyant d’une braise soigneusement entretenue et y jeta le billet. Imprégné de parfum, celui-ci flamba, emportant la décision audacieuse de Sigilée dans le conduit de cheminée.

L’heure était trop tardive. Elle n’irait pas à Kerbleiz.

Demain.

Demain il l’y retrouverait.

Les rendez-vous de Mireille Calmel

Par Mireille Calmel

Je suis née en décembre 1964, et depuis, je n’ai eu de cesse de me battre contre la maladie, la peur, l’adversité.

Condamnée trois fois par la médecine traditionnelle, j’ai eu la chance, immense, de m’en sortir grâce à ma mère, célèbre guérisseuse dans le midi de la France, mais aussi par l’usage des plantes médicinales, des huiles essentielles et une hygiène de vie rigoureuse.

Ma force, mon énergie, c’est dans l’écoute, le partage avec les autres et surtout, surtout dans l’écriture que je la puise.

Voici vingt cinq ans, j’ai signé mon premier contrat d’édition dans la prestigieuse maison XO pour un roman intitulé “Le lit d’Aliénor” qui allait séduire plus d’un million et demi de lecteurs.

Depuis, j’enchaîne les best-sellers. 32 à ce jour, toujours chez XO, car je suis d’un tempérament fidèle.

Mais cette réussite, c’est surtout à vous, mes millions de lecteurs que je la dois.

Ce sont vos regards qui pétillent, nos rires partagés, nos moments complices qui font mon bonheur. Qui font que la petite fille terrifiée d’hier est parvenue à s’aimer un peu. Juste assez pour rester humble face à tout cela et vouloir vous transmettre le meilleur de ce qu’elle aime, de ce qu’elle connaît.

Sans autre prétention que cela: vous remercier du fond du coeur de votre confiance sans cesse renouvelée.