RÉSUMÉ DU CHAPITRE 6
Margaux et frère Adelme sont en route pour Quillan avec un groupe de moine. Margaux apprend que quatre d’entre eux, anciens templiers autrefois témoins des évènements qui ont couté la vie à son frère et à sa tante vont être arrêté puis interrogés par l’Inquisition.
7.
Je me séparai de frère Adelme aux portes de la cité. Elle avait pris de l’ampleur au cours des dernières années, sous l’impulsion du nouvel archevêque. En construction en 1308, le quartier neuf avait doublé. Un nouveau pont, chargé de masures, enjambait le gros ruisseau de Saint-Bertrand. Et le port, tapi dans une des boucles de l’Aude, regorgeait de barges sur lesquelles troncs et billots étaient chargés en permanence depuis les quais. Quant au vieux moulin, il possédait à présent six roues, dont le vacarme assourdissait les habitants des maisons voisines et les éclaboussures réjouissaient les enfants à la saison chaude.
Assise de nouveau sur ma mule, je levai les yeux en direction du château. C’était un quadrilatère flanqué de tours rondes, massif, imposant, dominé par les couleurs de l’archevêché de Narbonne qui battaient au vent du nord-ouest.
Tout en priant pour que frère Adelme ne soit pas, lui aussi, soupçonné de rétention d’informations et mis à la question, je remontai la grand-rue animée jusqu’à obliquer dans une venelle étroite au bout de laquelle, prisonnière de deux hautes demeures à encorbellement, se trouvait la petite maison de ma grand-mère. Sa façade étroite, son perron moussu et sa porte vermoulue la rendaient insignifiante. La pente douce qui, juste à côté, se terminait par un vieux battant rongé d’humidité ouvrant sur la cave n’attirait pas davantage l’attention.
La bâtisse ne respirait que silence et abandon.
Je lançai un regard derrière moi à l’instant de descendre de ma selle.
Personne.
Comme à l’accoutumée dans cette ruelle qu’avalait la partie la plus ancienne de la cité. Mais frère Adelme avait raison. Qui mènerait enquête sur moi finirait par découvrir un témoin insoupçonné, quelqu’un qui affirmerait m’avoir vue repartir de là sacoches bombées aux flancs de ma mule. Installée dans la certitude que ce passé-là, lié à mon frère, était bel et bien enseveli, j’avais forcément, à un moment où à un autre, relâché ma vigilance, négligé cet infirme adossé à l’encadrement d’une porte cochère, ce mendiant près de la fontaine, et tous ces petits marchands de rue à peine plus vieux qu’Anne, prêts à vendre père et mère pour quelques sols. Ceux qui voyaient tout, ne disaient rien.
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