LES LIEUX D'UN ROMAN: Morgane, reine des Brumes. 1/ Le port d'Aleth

Mardi 27 janvier 2026

Mers biens chers vous,

Après vous avoir parlé de la légende arthurienne, à partir d’aujourd’hui et pour quelques semaines, je vous entraîne dans les recoins les plus secrets de Morgane, reine des Brumes, là où la légende épouse la réalité. Si j’ai voulu commencer par le port d’Aleth, ce n’est pas par hasard. Beaucoup de scènes du T2 y trouvent le décor idéal au courage et au dépassement de soi. Vous êtes si nombreux à les faire quotidien, que je ne pouvais m’empêcher, avec ce premier choix, d’y rendre hommage. De vous rendre hommage.

Alors, après m’y être promenée pour vous et avoir fait quelques clichés symboliques, me voici avec son histoire, la vraie. Car, elle commence avant celle de Saint-Malo. Avant les remparts. Avant même la forteresse.

Le port d’Aleth s’étend sur un promontoire rocheux dominant l’embouchure de la Rance, face à la mer d’Émeraude. Aujourd’hui intégré à Saint-Servan (elle-même rattachée à Saint-Malo), Aleth fut bien avant cela le premier grand port de la région, antérieur de plusieurs siècles à la cité corsaire que nous connaissons.

Au VIᵉ siècle, Aleth n’est pas encore une ville au sens médiéval. C’est une place fortifiée héritée de Rome, un site stratégique, battu par les vents, surveillant les flux maritimes entre la Manche, la Bretagne armoricaine et les rivages britanniques.

À l’époque où se déploie Morgane des Brumes, il vit une transition trouble et fascinante. Les structures romaines existent encore : remparts, voies, organisation portuaire. L’autorité impériale s’est retirée, laissant place à un pouvoir fragmenté. Les Bretons insulaires, venus de Cornouailles et du pays de Galles, s’installent progressivement. Les influences chrétiennes se mêlent aux croyances anciennes, druidiques, marines.

Aleth devient alors un seuil entre Rome et l’Armorique bretonne, entre christianisme naissant et anciens cultes, entre monde visible et royaumes de l’Autre-Monde.

Un décor parfait pour Morgane.

La côte y forme une anse naturelle, ni vaste rade ni simple crique : une courbe protectrice, suffisante pour abriter des navires à faible tirant d’eau, tout en restant étroitement surveillée par la hauteur des terres. La mer y entre profondément à marée haute, puis se retire largement, découvrant vasières, rochers sombres et bandes de sable humide. Le paysage change sans cesse. La lumière aussi. Les brumes sont fréquentes, surtout à l’aube et au crépuscule, donnant au lieu un caractère mouvant, presque irréel.

Les constructions sont majoritairement en bois sombre, en torchis, parfois sur soubassements de pierre récupérée des anciens bâtiments romains. Au gré des ruelles, on trouve des tavernes basses, adossées au rocher, où marins, pêcheurs et voyageurs échangent nouvelles et silences. Rien de luxueux : des bancs grossiers, des tables épaisses, des foyers toujours allumés. On y boit, on y marchande, on y attend la marée. Autour gravitent des ateliers de charpentiers de marine, des salines proches, des entrepôts simples, parfois semi-enterrés

Près du rivage, se tiennent des cales rudimentaires, des appontements de bois, des zones d’échouage pour réparer les coques ( comme ces coques renversées derrière lesquelles nos jeunes amis se cachent 😉)

L’odeur du sel, du goudron, du poisson et du feu de bois se mêle en permanence.

La réputation de port de contrebande d’Aleth trouve ses racines très tôt, bien avant l’âge d’or des corsaires.

Contrairement aux ports ouverts et prospères, Aleth est un port de contrôle. Un passage obligé pour entrer dans la Rance, un point d’observation parfait des navires marchands, mais aussi un refuge naturel contre les tempêtes et un abri discret pour les bateaux à faible tirant d’eau.

Ses criques, ses replis rocheux et ses brumes fréquentes en font un lieu idéal pour les échanges non officiels.

En effet, au VIᵉ siècle les taxes sont floues ou arbitraires, l’autorité est morcelée entre chefs locaux, moines, seigneurs, les échanges avec la Bretagne insulaire sont constants. On y fait transiter du sel, de l’étain, du vin, des étoffes, des objets liturgiques… et parfois païens.

À l’extrémité de l’anse, sur le promontoire rocheux qui avance vers l’estuaire, un point domine tout. Bien avant la tour de pierre ( Solidor) que l’on connaît aujourd’hui et que vous pouvez voir sur ces photos, ce lieu est déjà occupé par une structure de surveillance.

Au VIᵉ siècle, il ne s’agit pas encore d’une forteresse, mais d’un poste de veille, une construction de bois, possiblement posée sur une base de pierre, visible depuis le port et la mer.

De là, on observe les voiles à l’horizon, les navires remontant la Rance, les mouvements inhabituels.

Des feux peuvent y être allumés pour signaler un danger ou une arrivée.

Mais la tour ne défend pas encore : elle contrôle le passage, surveille, affirme un pouvoir. Et abrite les ombres mauvaises de Vortigern et de son terrifiant sorcier. Mais, brrr… vous le savez sans doute déjà.

Quelques siècles plus tard, c’est là que s’installe l’un des premiers évêchés de la région, avant même Saint-Malo. Ce choix n’est pas innocent : Contrôler un port, c’est contrôler les hommes. Convertir un lieu ancien, c’est dompter les croyances. Bâtir une église sur un promontoire, c’est remplacer un sanctuaire plus ancien.

Et peu à peu, autour de lui, c’est toute une cité qui va naître, prospérer et pourtant peu à peu se mettre à genoux devant la majestueuse St Malo.

Alors? Envie d’y faire un tour? Ou préférez-vous simplement vous replonger dans quelques pages de ce collector qui réuni, avec de belles illustrations intérieures, le T1 et le T2 ?

À la semaine prochaine…

Je vous embrasse

Mireille

Les rendez-vous de Mireille Calmel

Par Mireille Calmel

Je suis née en décembre 1964, et depuis, je n’ai eu de cesse de me battre contre la maladie, la peur, l’adversité.

Condamnée trois fois par la médecine traditionnelle, j’ai eu la chance, immense, de m’en sortir grâce à ma mère, célèbre guérisseuse dans le midi de la France, mais aussi par l’usage des plantes médicinales, des huiles essentielles et une hygiène de vie rigoureuse.

Ma force, mon énergie, c’est dans l’écoute, le partage avec les autres et surtout, surtout dans l’écriture que je la puise.

Voici vingt cinq ans, j’ai signé mon premier contrat d’édition dans la prestigieuse maison XO pour un roman intitulé “Le lit d’Aliénor” qui allait séduire plus d’un million et demi de lecteurs.

Depuis, j’enchaîne les best-sellers. 32 à ce jour, toujours chez XO, car je suis d’un tempérament fidèle.

Mais cette réussite, c’est surtout à vous, mes millions de lecteurs que je la dois.

Ce sont vos regards qui pétillent, nos rires partagés, nos moments complices qui font mon bonheur. Qui font que la petite fille terrifiée d’hier est parvenue à s’aimer un peu. Juste assez pour rester humble face à tout cela et vouloir vous transmettre le meilleur de ce qu’elle aime, de ce qu’elle connaît.

Sans autre prétention que cela: vous remercier du fond du coeur de votre confiance sans cesse renouvelée.