Mes biens chers vous,
Quand la brume hivernale se lève sur la lagune, une autre Venise se réveille. Une Venise faite de soie, de dorures, de murmures et d’enchantements. Aujourd’hui, je vous entraîne dans le faste du Carnaval de Venise, tel qu’il éblouissait l’Europe entière au XVIIIe siècle.
Le Carnaval remonte officiellement à 1296, lorsque le Sénat vénitien déclara un jour férié précédant le Carême. Mais les racines de cette fête païenne plongent plus profondément encore, dans les antiques rites romains de Saturnales, où l’ordre social était momentanément inversé.
À Venise, la fête se transforma en un subtil jeu de masques : l'anonymat offrait liberté et égalité, abolissant temporairement les barrières entre nobles et roturiers, hommes et femmes, puissants et démunis.
Sous la République Sérénissime finissante, le Carnaval se vit offrir un règne de plusieurs mois : de l’Épiphanie jusqu’au Mardi Gras, parfois même prolongé selon les humeurs du Doge.
La ville entière devenait théâtre. Chaque campo accueillait funambules, saltimbanques, opéras de rue et commedia dell’arte
Mais c’est dans les théâtres, les casinos et les ridotti que se jouaient les drames les plus palpitants… souvent hors de scène.
Chaque masque portait son langage :
La baùta, blanche et rigide, permettait de boire et parler sans être reconnu – les nobles la portaient même au Conseil des Dix.
La moretta, ovale noire et muette, se fixait avec un bouton entre les dents – réservée aux femmes mystérieuses.
Le gnaga, masque de chaton avec robe féminine, moquait les femmes mais cachait souvent un homme libertin.
Certains nobles passaient commande de masques parfumés au musc ou à la fleur d’oranger. On racontait que l’odeur seule suffisait à faire succomber une amante dans l’ombre d’un couloir…
Avec la chute de la République en 1797 et l’entrée des troupes napoléoniennes, le Carnaval fut interdit. Trop libre. Trop subversif. Trop vénitien.
Il faudra attendre 1979 pour que le Carnaval renaisse officiellement, grâce aux artistes et artisans maschereri qui refusèrent d’oublier l’âme de Venise.
Et voici à quoi il ressemble aujourd’hui:
Le Carnaval, c’est cette permission de redevenir flamme sous le vernis des convenances. Celui qu’adopta la Contessa…
Et vous, quel masque porteriez-vous, si l’on ne vous reconnaissait plus ?
A la semaine prochaine…
Je vous embrasse
Mireille
