Mes biens chers vous,
Ce matin, le jardin m’a appelée plus tôt que d’habitude. Dans la lumière dorée des premières heures, les capucines s’épanouissaient déjà, les arbres bruissaient d’un murmure ancien, et je me suis dit : il est temps de vous parler d’elle.
De La Contessa,
votre nouvelle héroïne dont vous découvrirez l’histoire le 23 mai dans mon nouveau roman
Je ne peux pourtant pas vous parler d’elle sans évoquer d’abord la ville qui l’a vue naître.
J’adore cette cité, prisonnière du temps, de son histoire, et toute à la fois emplie d’un souffle de liberté, d’impudence à nul autre égal. Je vous y ai déjà emmené. Souvenez vous, il y a tout juste 20 ans, Mary Read y devenait courtisane dans LADY PIRATE et plus récemment, le premier tome des LIONNES DE VENISE, vous permettait de faire connaissance avec l’intrépide Lucia.
Mais aucune d’elle n’a eu le souffle aussi fragile qu’arrogant de La Contessa. Aucune d’elle n’a autant compté pour Venise.
Alors, pour ouvrir cette série de lettres, je vous propose de revenir aux origines. Parce que c’est là, quelque part dans son histoire que La Contessa va devoir défier la sienne.
Tout commence en 421. Des hommes, des femmes, fuyant les invasions barbares, trouvent refuge dans les recoins marécageux de la lagune adriatique. Le sol est instable, les eaux capricieuses, et pourtant, c’est ici, au cœur d’un monde incertain, que Venise prend racine. Elle est bâtie sur des pilotis, sur le courage et sur un instinct de liberté.
La lagune à l’aube, habitée par les premiers réfugiés. Une Venise fragile, suspendue au-dessus des eaux, mais déjà pleine de promesses.
Dès le IXe siècle, la cité s’émancipe de l’autorité byzantine. Elle devient une plaque tournante du commerce entre Orient et Occident. Les vaisseaux vénitiens sillonnent la Méditerranée, transportant soieries, épices, parfums, savoirs et récits fabuleux. Venise est une passerelle entre les mondes.
Le port s’anime, les navires marchands croisent les gondoles, et la silhouette du Campanile s’élance au-dessus de la ville : la puissance se dessine.
En 1204, la quatrième croisade la propulse à la tête d’un empire maritime. Elle prend Constantinople, installe ses comptoirs, dicte sa loi sur les mers. Elle n’est plus seulement un refuge. Elle est une puissance.
Mais la magie de Venise tient aussi dans ses équilibres subtils. À partir de 1297, son pouvoir politique se resserre autour d’une poignée de familles inscrites au Livre d’or. .
Une oligarchie marchande stabilise la république : le Doge règne, mais sous le regard scrutateur du Conseil des Dix dont je vous parlerai bientôt.
Sachez seulement que cette structure donne à Venise une longévité remarquable. Elle devient un foyer culturel rayonnant, berceau de Marco Polo, des peintres de la Renaissance, des musiciens, des courtisanes, des intrigants, des poètes. ET DES ESPIONS.
En clair, Venise est désormais une cité où chaque pierre semble porter un masque, un secret, une promesse.
Un doge en procession, un palais sculpté de mystères, un peuple en liesse. Derrière le faste, les intrigues… et les passions.
Aucune beauté n’est éternelle cependant. L’arrivée des Ottomans, la découverte de l’Amérique, les nouvelles routes maritimes… tout cela affaiblit Venise. La Sérénissime tente de s’adapter, mais le monde change.
En 1797, Napoléon Bonaparte entre dans la ville. Il dépose le Doge, abolit la république, pille les trésors. Le rideau tombe.
La légende s’efface. Mais le cœur de Venise continue de battre, dans les canaux, dans les palais dérobés, dans les souvenirs.
C’est dans cet entre deux, en 1756 très exactement, que commence à battre le coeur meurtri et vengeur de la Contessa.
None le jour, espionne la nuit, elle devient l’âme de Venise.
Cette Venise dans laquelle je compte bien vous entraîner, lettre après lettre.
Avec toute ma gratitude et mon enthousiasme,
Mireille
