Mes biens chers vous,
La semaine dernière je vous ai invité à découvrir le romancier au travers de mon époux Gérard Sansey. Voici, pour continuer ce voyage à ses côtés, deux fables, issues de ses recueils (quatre au total) et deux poèmes dont l’un, qui me fut destiné ponctua notre rencontre il y a 34 ans…
À cette époque, nous donnions ensemble des spectacles chant/poésie. Et nous ressemblions à cela :
Bon voyage en vers et contre tous, puisqu’ainsi est la fable: Elle peint l’absurdité et les travers humains, pour mieux faire l’éloge de la vie.
Voici d’ailleurs comment lui même la présente:
L’intarissable puits du délire de l’Homme
Avec celui sans fond de sa perversité
Ont éclairé ma verve à la réalité.
C’est elle que je peins sans en être économe.
La fable n’a jamais, depuis son origine,
Fait affront à la loi qu’induit sa discipline
D’éclairer le lecteur, quel que soit le sujet.
LE RESCAPE
Un Quidam Ordinaire et même transparent
Par deux fois au danger réchappa sans dommage...
réciser chaque cas n'est d'aucun avantage
Mais sachons seulement qu'il devint différent :
Cet homme jusque-là placide et débonnaire
Se révéla soudain inquiet puis austère,
S'interrogeant beaucoup, voulant savoir enfin
Pourquoi lui n'avait rien où d'autres touchaient fin.
Il plongea sans tarder dans des affres mystiques
Qui, loin de lui fournir des réponses logiques,
L'entraînèrent plutôt vers les bords sanieux
Des sectes, sous couvert d'actes religieux.
Arrêtons, s'il vous plaît, ces éveils à croyance
A travers quelque fait qui revient à la chance.
Ils sont gentils, ces gens qui, bien innocemment,
Se demandent pourquoi quand l'énigme est : comment ?
Mais.. Recherchant un sens où se trouve le vide,
Ils cautionnent tout droit le parasite avide
Qui prospère partout où mystère fleurit.
Allons, mes bons amis, stimulons notre esprit !
Quel souci la planète, et donc mieux l'univers,
Auraient-ils pour un être ayant à leur échelle
Tout autant d'intérêt qu'à la nôtre les vers !
C'est montrer un orgueil de taille exceptionnelle
Que se croire important dans ce vaste cosmos...
Ou reporter sur soi tout son propre pathos.
En tout événement, le sens provient de l'Homme.
Avant lui notre monde avançait, autonome,
Régi par des ressorts dont la conjonction
Menait vers équilibre et prolongation,
Sans besoin pour cela du moindre maître d'œuvre.
La nature n'a pas changé cette manœuvre.
Aussi reste-t-il vain de chercher des motifs
A l'aboutissement de ces chaînes causales
Dont tout l'agencement dépasse nos actifs.
Bien des faits sont issus d'origines banales.
DE LA VALEUR DU VENT.
Je Supporte Assez Mal cette propension
A vouloir ajouter quelque valeur factice
Par des mots, à des biens de consommation
Nécessaires, n'ayant nul besoin d'artifice.
Un client ordinaire avançait vivement
Au milieu des rayons d'une grande surface,
Cherchant de tous ses yeux un banal élément
Qu'on appelle le sucre, en poudre ou bien en glace.
Ayant atteint l'endroit où pouvoir se servir
Comme à l'accoutumée, il n'eut pas le loisir
D'accomplir un seul geste : un vendeur temporaire
L'abordant prestement lui fit maint commentaire
Sur la douce substance objet de son désir.
Le produit avait nom fructose ou saccharose
- Abrégeons une liste où maint autre maltose
S'étalait à l'envi - augmentait le plaisir
Du palais des gourmets.
Une glucoserie Le fabriquait avec un soin fort délicat...
Il est pour définir tel discours d'avocat
Un autre mot - grossier - se terminant en "rie".
Lorsque notre homme enfin put saisir un paquet,
Ce fut pour constater son aspect plus coquet ;
La surprise du prix, par contre fut moins bonne
Lorsqu'il fallut régler l'hydrate de carbone.
Avez-vous remarqué pour le pain, le coiffeur
Ou le sel comment s'est établi tout un vocabulaire
Venant leur conférer un peu plus de valeur ?
Eh bien ce procédé ne fait pas mon affaire !
Vous voulez augmenter le prix de quelque bien ?
Haussez sa qualité : dès lors, plus d'entretien
Avec les acheteurs ne sera nécessaire...
Ils reconnaîtront seuls un meilleur savoir-faire.
Petit tour maintenant en poésie. Le premier texte est issu du recueil qu’il m’a consacré: Les chants du bout du rêve…
TOI.
Menue et printanière au-delà des saisons
Il existe une fleur qui lorsqu'elle s'enflamme,
Résonne en harmonie à cent diapasons
Et traduit en chansons le meilleur de son âme.
Il serait insensé de vouloir en secret
L'emporter vers l'ennui de serres confortables :
L'espace est son domaine et le vent son jarret
Et je vois Liberté dans ses yeux adorables.
CREPUSCULE MARIN
L’océan respirait de son souffle puissant
Qui roulait vers la dune en vagues de tonnerre
Dans les derniers rayons d’un soleil rougissant
Dont le disque bientôt s’unirait à la terre.
Près du fleuve de feu venu de l’horizon,
Sur l’azur infini du flot qui se balance,
Un esquif solitaire avançait en silence
Comme un rêve échappé d’une sombre prison.
Cette heure était tranquille et les plages désertes
Hormis les grands oiseaux dont les ailes alertes
Se meuvent lentement dans les souffles du vent…
Je goûtais sans réserve au bonheur de l’instant.
Ces moments sont si forts, empreints de solitude,
Quand la reine Nature, en toute quiétude,
Vient reprendre aux humains son domaine éternel
Qu’on ressent dans son cœur comme un lointain appel :
J’ai saisi mon pipeau qui dormait sur les herbes
Et, privé du plaisir de te tendre les bras,
J’ai lancé des refrains comme on lance des gerbes
Vers toi, qui, je l’espère, un beau jour m’entendras.
Ces textes vont ont plu, vous souhaitez en savoir plus, en lire d’autres? Une seule adresse: calmelofficiel@gmail.com
Vous pouvez aussi en parler directement avec Gérard au 06 12 39 00 25. N’hésitez pas à lui laisser un message vocal, il se peut qu’en cette saison, il soit aux champignons. Mais il vous rappellera, soyez en certain.
Belle semaine à tous.
Je vous embrasse
Mireille
