Kessel

LA REINE PIRATE CHAPITRE 3

Jeudi 19 juin 2025

        3.

Une brume pluvieuse noyait l’horizon. Pourtant Grace n’avait aucun doute sur la distance qui la séparait de sa destination. Elle connaissait cette côte aussi bien que le fond de sa boite à bijoux. Chaque anfractuosité de ces écueils, chaque crique, chaque courant lui racontait l’étreinte d’une mer fusionnelle, possessive. Une mer qu’elle respectait au moins autant que la terre de ses ancêtres. 

Elle barra à bâbord, le nez au vent, traquant l’odeur familière du varech sur les roches affleurantes. Ils approchaient. Quelques brasses encore et il faudrait mouiller pour ne pas se retrouver piéger par les récifs. La cache était aussi invisible depuis les falaises plongeantes que depuis la mer. On ne pouvait y accéder qu’à bord d’un canot et en louvoyant entre les rocs acérés. Un exercice depuis longtemps dévolu au frère de Grace, Domhnall an Piopa, de deux ans son aîné.

— Nous y sommes, cria-t-elle à Fawkes, prêt à relayer ses ordres. 

L’ancre plongea dans les eaux sombres. Le Dark Queen s’immobilisa. Et Grace vit ses fils glisser d’un même pas déterminé jusqu’à elle. Comme elle s’y attendait depuis un long moment déjà. La fois précédente, agissant comme des enfants quand ils étaient à présent des hommes en pleine maturité, ils s’étaient imposés sur la barque avant même qu’elle ne leur en ait donné l’autorisation. 

Aujourd’hui, prudents, ils venaient la réclamer. 

— Accorde nous d’y aller, réclama Tibbot. 

Elle hésita. Ce rideau de suie humide lui masquait la rive. Et bien que la cache soit sûre, depuis qu’elle avait découvert dans les ruines du village le véritable visage de Bingham, elle se tenait sur ses gardes. 

Elle se tourna vers Fawkes, le couvrit d’une interrogation muette. Il haussa les épaules, se remit avec Domhnall an Piopa aux manœuvres de descente du canot. 

Elle inspira. Lentement. Huit hommes, parmi les plus solides, souqueraient aux côtés de son frère. Qu’avait-elle à craindre ? Cela faisait plus de trente ans qu’ils accostaient sur ce semblant de grève, s’enfonçaient sous la falaise et revenaient la barque chargée, quel que soit le temps. Sa peur n’était que l’émanation de cette tristesse dont malgré ses efforts elle ne parvenait à se défaire. Rien d’autre. Et ses fils avaient largement prouvé leur bravoure. Tibbot était même né sur le Dark Queen quelques jours à peine avant une attaque de pirates mauresques. La piraterie coulait dans leur sang autant que dans le sien. Un sang dont plusieurs déjà ils avaient inondé leurs lames.

— Comportez-vous en adultes aguerris pour une fois. Il n’est pas question que votre impatience ou votre impétuosité maladive gêne votre oncle, c’est clair ? 

Les deux frères acquiescèrent en silence. Ils se souvenaient fort bien de quelle manière ils avaient failli faire verser le canot et son contenu au passage des écueils. Et la manière dont leur mère les avait punis : deux jours à fond de cale au pain sec et à l’eau. Aucune faveur, leur avait-elle déclaré le jour, chacun en leur temps, où elle leur avait remis leur sabre. 

—Sur ce navire vous n’êtes plus mes fils, vous êtes sous mon autorité comme n’importe lequel de mes matelots. 

Jusqu’au mois dernier ils n’avaient jamais eu la détestable occasion de le vérifier. 

— Filez ! ordonna-t-elle encore.

Ils sautèrent à bas de la dunette, foncèrent pour retenir les cordes tandis que la chaloupe glissait le long de la coque. Grace sentit son estomac se nouer quand ils furent à bord. 

Ne sois pas stupide ! Pas de danger. Juste de l’appréhension, se réprimanda-t-elle en regardant la brume avaler l’embarcation, puis peu à peu le claquement des rames dans les eaux sombres.

...

Les rendez-vous de Mireille Calmel

Par Mireille Calmel

Je suis née en décembre 1964, et depuis, je n’ai eu de cesse de me battre contre la maladie, la peur, l’adversité.

Condamnée trois fois par la médecine traditionnelle, j’ai eu la chance, immense, de m’en sortir grâce à ma mère, célèbre guérisseuse dans le midi de la France, mais aussi par l’usage des plantes médicinales, des huiles essentielles et une hygiène de vie rigoureuse.

Ma force, mon énergie, c’est dans l’écoute, le partage avec les autres et surtout, surtout dans l’écriture que je la puise.

Voici vingt cinq ans, j’ai signé mon premier contrat d’édition dans la prestigieuse maison XO pour un roman intitulé “Le lit d’Aliénor” qui allait séduire plus d’un million et demi de lecteurs.

Depuis, j’enchaîne les best-sellers. 32 à ce jour, toujours chez XO, car je suis d’un tempérament fidèle.

Mais cette réussite, c’est surtout à vous, mes millions de lecteurs que je la dois.

Ce sont vos regards qui pétillent, nos rires partagés, nos moments complices qui font mon bonheur. Qui font que la petite fille terrifiée d’hier est parvenue à s’aimer un peu. Juste assez pour rester humble face à tout cela et vouloir vous transmettre le meilleur de ce qu’elle aime, de ce qu’elle connaît.

Sans autre prétention que cela: vous remercier du fond du coeur de votre confiance sans cesse renouvelée.