NOCES DE CENDRES AVANT PREMIERE: Chapitre 10

26 mai 2026

10.

25 juin 1505

Baules de Kerbleiz

Le cœur de Sigilée n’était plus qu’un tambour heurté par des coups sourds, irréguliers, quand, ayant atteint l’autre rive, elle se retrouva au pied de la tour.

René de Kerboullart avait attendu qu’elle s’en approche pour se décoller du mur moussu, grignoté par le lierre. Il n’avait pas franchi pour autant la distance qui les séparait.

Elle se sentait gourde et tout à la fois de plus en plus insolente. La gorge si nouée en parvenant devant lui qu’elle fut incapable d’articuler le moindre mot.

Il n’en eut qu’un. Un qui la troubla plus encore.

— Merci.

L’instant suivant, avec une délicatesse infinie, il soulevait sa main molle et la portait à ses lèvres, manquant la faire défaillir. Il sourit devant sa pâleur, conserva pourtant ses doigts entre les siens.

— Merci de m’offrir la chance de vous prouver que je puis être pour vous le meilleur des époux.

Sa gorge s’éclaircit, juste assez pour qu’elle ose bredouiller :

— Ne me trouvez-vous pas effrontée ?

— Si.

Un fard ranima ses joues. Il plongea dans son regard mauve pailleté d’or.

— Si, répéta-­ t‑il, mais je ne vois en cette audace que la confiance que votre père m’a refusée. Une confiance qui m’honore et vous rend plus belle, plus digne d’être aimée.

Des étoiles scintillèrent dans les iris de Sigilée.

— Vous n’êtes pas le premier que père éconduit et…

Il ne la laissa pas terminer, enveloppa sa joue de sa paume, l’attira vers ses lèvres. Murmura sans les toucher :

— Mais je serai le dernier, Sigilée.

Elle ferma les paupières, eut l’impression que ses jambes fléchissaient sous elle, que son corps tout entier ne lui appartenait plus. Qu’à cet instant il pourrait faire d’elle tout ce qu’il voudrait.

Comme…

Comme se dérober à ce baiser vers lequel tout son être tendait.

— Venez, lui dit-il en s’écartant d’elle.

Elle rouvrit les yeux, se sentit plus vulnérable et honteuse qu’en passant le gué. Rien, pourtant, dans l’attitude du capitaine, dans son ton, ne lui renvoya cette image. Il tenait avec douceur et fermeté ses doigts tremblants dans les siens, la mena à la lisière des eaux qui se retiraient lentement du marais.

— Ce lieu m’apaise, reprit-il. Bien qu’il n’appartienne pas à Suscinio, il en constitue le cœur, la respiration. J’ai demandé à votre père qu’il l’inscrive à votre dot, mais je n’ai pas besoin de le posséder. Il est à l’abandon. Il est mien quand je le souhaite.

Il pivota de nouveau vers elle. Elle avait repris un peu d’aplomb. Elle ne tremblait plus, mais ses yeux trahissaient ce trouble dont lui-même, à son corps défendant et en quelques minutes à peine, était devenu prisonnier.

— Comprenez-vous ce que cela signifie, Sigilée ?

Elle hocha la tête.

Il replaça une mèche brune sous la coiffe basse. Elle cessa presque de respirer. Puis gémit, son souffle retrouvé :

— Pourquoi moi ?

— Je ne sais pas. Je suis veuf depuis plus d’une année. Il me fallait une épouse.

Elle eut l’impression que son rêve se brisait. Il se mit à rire doucement.

— Je vous taquine. Regardez-moi.

Elle plongea dans ses yeux marine, abysses si profonds qu’elle eut de nouveau l’impression d’y basculer.

— Je vous ai aperçue il y a deux ans. Vous rentriez d’une promenade à cheval. Je quittais Calsac. Vous ne m’avez pas prêté attention, happée par le rire joyeux de votre mère. Moi je n’ai entendu que le vôtre, retenu que la lumière, singulière, de vos yeux. J’étais marié. Mais à cet instant, je suis tombé amoureux.

De nouveau elle tremblait. Il promena le revers de l’index sur la bordure de ses lèvres, la sentit frémir sous sa caresse, se tendre. Résista à l’envie de l’attirer à lui, de l’étreindre. De la faire sienne.

Trop tôt. C’était trop tôt.

— Je… Je vous aime aussi, chuchota-­ t‑elle.

— Je le sais. Vous n’auriez pas bravé les interdits de la bienséance, de ­ l’Église, si ce n’était le cas. Je suis heureux que vous l’ayez fait, car désormais je me sens légitime à insister auprès de votre père.

Elle secoua légèrement la tête, rattrapée par une angoisse soudaine.

— Et s’il ne voulait pas me donner à vous ? S’il ne le voulait jamais ?

— Il le fera. Croyez-moi. Il le fera.

Il l’attira contre son torse, déposa un baiser chaste sur sa tempe.

— Rentrez, à présent. Avant que le jour ne décline.

Avant…

Il prit une profonde inspiration, glissa avec une douleur si contenue qu’elle fut imperceptible à Sigilée, bouleversée :

— Avant que les loups ne soient lâchés.

Les rendez-vous de Mireille Calmel

Par Mireille Calmel

Je suis née en décembre 1964, et depuis, je n’ai eu de cesse de me battre contre la maladie, la peur, l’adversité.

Condamnée trois fois par la médecine traditionnelle, j’ai eu la chance, immense, de m’en sortir grâce à ma mère, célèbre guérisseuse dans le midi de la France, mais aussi par l’usage des plantes médicinales, des huiles essentielles et une hygiène de vie rigoureuse.

Ma force, mon énergie, c’est dans l’écoute, le partage avec les autres et surtout, surtout dans l’écriture que je la puise.

Voici vingt cinq ans, j’ai signé mon premier contrat d’édition dans la prestigieuse maison XO pour un roman intitulé “Le lit d’Aliénor” qui allait séduire plus d’un million et demi de lecteurs.

Depuis, j’enchaîne les best-sellers. 32 à ce jour, toujours chez XO, car je suis d’un tempérament fidèle.

Mais cette réussite, c’est surtout à vous, mes millions de lecteurs que je la dois.

Ce sont vos regards qui pétillent, nos rires partagés, nos moments complices qui font mon bonheur. Qui font que la petite fille terrifiée d’hier est parvenue à s’aimer un peu. Juste assez pour rester humble face à tout cela et vouloir vous transmettre le meilleur de ce qu’elle aime, de ce qu’elle connaît.

Sans autre prétention que cela: vous remercier du fond du coeur de votre confiance sans cesse renouvelée.