Kessel

A la découverte des écrits de mon époux: Gérard Sansey

Mardi 15 octobre: L'année du Bac

Mes biens chers vous, 

Avant de vous entraîner dans une nouvelle et palpitante série d’infos sur le tome 2 de l’Or Maudit (à partir du 5 novembre dans vos newsletters du mardi) et d’un nouveau mini roman pour les abonnés à l’année (le jeudi), je réponds ici à la demande de plusieurs d’entre vous qui souhaitaient découvrir « par le texte », ce qu’écrivait mon époux Gérard Sansey. 

Les trois prochaines semaines me permettront donc de vous faire pénétrer dans l’univers de ce troubadour qui partage ma vie depuis trente-quatre années et dont je suis toujours follement amoureuse. 

Son registre est vaste : ouvrages pédagogiques ( il fut instituteur et directeur d’école durant toute sa carrière, poète, fabuliste de nombreuses fois primés et l’un des seuls à avoir été diffusé par France-Loisirs, auteur de récit de voyage, de romans, de nouvelles et d’histoires en patois charentais qu’il a, pendant quelques années, portées sur scène tandis qu’ensuite, je chantais mes propres chansons. Bref, chacun de ces écrits est associé aussi à une partie de ma vie, de notre histoire après avoir été la sienne et son style, que certains journalistes n’ont pas hésité à rapprocher de Louis Pergaud ( La guerre des boutons), a conquis de nombreux lecteurs. 

Après avoir essuyé plusieurs fois la fermeture de maison d’édition, il diffuse aujourd’hui l’ensemble ( ou presque, le volet pédagogique restant chez Belin) de ses œuvres par lui-même, et dans les nombreux salons du livre où il m’accompagne. Aussi, si vous souhaitez, à un moment quelconque, aller plus loin dans la découverte de ces ouvrages, il vous suffira de m’en passer commande via mon adresse mail : calmelofficiel@gmail.com.

Pour commencer ce voyage dans son univers, j’ai choisi quelques extraits dans son dernier roman intitulé, « L’année du bac ». Certains d’entre vous y retrouveront l’esprit potache, bien éloigné des violences subies aujourd’hui par les profs et les élèves, qui ont caractérisé les années post mai 68. Une plongée dans un passé joyeux, emprunté de franche camaraderie et d’amourette naissante. 

Belle découverte à vous. 

Extrait :

Le premier désordre conséquent en Histoire-géo naquit d’un changement de réaction de l’otage de la cédille face à une situation qui restait somme toute banale jusque-là. Un épiscope1 d’un volume considérable, dont la partie supérieure rappelait un capot de camion, trônait sur un chariot à deux plateaux. Une des roues de cette antiquité faisait un bruit non négligeable lorsqu’on voulait déplacer l’ensemble. Chaque fois que nous voyions Anicet dérouler l’écran placé au-dessus du tableau, nous savions qu’une projection se préparait, donc que le chariot allait venir se placer dans l’allée centrale. Et les quelques mètres qu’il parcourait étaient accompagnés d’une imitation d’au moins trente moteurs pour se terminer par un crissement de freins au moment où il immobilisait son fardier. 

L’épisode durait tout au plus quelques secondes, mais ce manège l’agaçait au plus haut point. Tant et si bien que ce jour-là, il tenta de feinter pour éviter le traditionnel accompagne- ment. Il ouvrit un des volets du tableau au verso duquel il avait préparé quelques informations qu’il nous demanda de noter, puis, sans dérouler l’écran s’en fut innocemment vers le fond de la salle où stationnait le bolide quand il n’était pas utilisé. Le grondement de la roue nous alerta dès le premier mètre franchi. Aussitôt, les moteurs rugirent d’autant plus que pour écourter le déplacement, il s’était mis à pousser en courant. La situation empira lorsqu’il voulut s’arrêter. Encombré de tout un matériel et fatras de documents sur le second plateau, le chariot était plus lourd qu’il ne le croyait. Freinant des talons, il fut emporté par l’élan sur les deux mètres qui auraient dû le séparer du bureau pour finir en heurtant légèrement celui-ci en fin de course. L’imitation des freins, malgré une intensité inaccoutumée n’empêcha rien. 

Aussitôt, plusieurs enquêteurs à la voix de fausset se précipitèrent, papier et stylo en main pour faire un relevé des lieux : 

—Ah, ah, c’est l’accident !
— Il y a des témoins ? Vous, monsieur ?
— Pas de blessés, au moins ?

Poussant le jeu plus loin, Mertrofan, qui occupait le premier rang, juste à côté de l’impact se coucha sur son pupitre pour singer une victime, aussitôt soutenu par deux lascars entrant dans son rôle toujours avec des voix de fausset : 

— Ah, ah il y a une victime collatérale. Vite, un brancard, les pompiers, une ambulance... 

Au milieu de la pagaille, Anicet tentait de remettre de l’ordre, et le chariot au bon endroit : 

— Ça çuffit ! Açeyez-vous tout de çuite ! 

Il lui fallut un bon quart d’heure pour rétablir un semblant de sérieux qui fut ensuite perturbé par une initiative graveleuse de Servic, un redoublant nonchalant que l’otage avait dans son collimateur depuis l’année précédente. Ayant positionné sous la lampe de l’appareil un document à étudier, celui-ci se trouvait projeté sur l’écran, commenté largement par Anicet pour le plus grand profit du public. Profitant d’un instant d’inattention du commentateur, le farceur glissa par-dessus l’article objet du discours la représentation d’une jeune femme assez étourdie au sujet de sa tenue puisqu’elle n’était vêtue que de quelques colliers et bracelets. 

Le prof reprit l’avantage par une pirouette qui mit les rieurs de son côté juste avant la sonnerie : 

— Çervic, retirez çe triangle. Notre étude ne conçerne pas les Bermudes. 

Extrait :

Nous partîmes non pas cinq-cents, mais vingt-et-un sans attendre de prompt renfort. Fabrice et Laurent, mes deux anciens coéquipiers étaient aux anges. Nous emportions assez de provisions pour que le groupe puisse rester en montagne deux jours entiers. Il fut convenu que Gilbert se rendrait chaque jour, à heure fixe, jusqu’à l’épingle à cheveux que faisait la route au-dessus d’Artigues, pour avoir des nouvelles par émetteur-récepteur dont la portée n’allait pas jusqu’à la colo. Une soirée grillade était prévue pour l’arrivée, avec des saucisses à cuire sur feu de camp, accompagnées de chips. 

C’est donc dans une bonne humeur générale que nous attaquâmes le Sarrat à trois heures de l’après-midi. Son ascension fit couler quelques litres de sueur en raison de la température et de la charge que nous portions sur les épaules — tentes, gamelles, réchauds, bouteilles de gaz, duvets, gourdes pleines et provisions — le tout réparti à peu près équitablement en fonction des capacités physiques de chacun….

Cette partie du parcours n’était pas la plus difficile mais elle précédait un long passage sur des sentiers de chèvres pentus pour accéder à un vaste plateau où évoluaient généralement vaches, chevaux et moutons. Là encore, la sueur ruissela, si bien que lorsque nous atteignîmes le plateau, un second arrêt s’imposa afin de refaire les niveaux en eau. Tandis que je m’entretenais avec Arnaud et Patrice, Laurent me tapa sur une épaule pour me désigner d’un coup d’œil les plus jeunes du groupe qui s’étaient avancés vers un important troupeau de moutons. 

— On va pas tarder à rigoler, me glissa-t-il avec un éclat malicieux dans le regard. 

Mes deux collègues me considérèrent chacun d’un œil interrogateur : 

— Qu’est-ce qui va être si marrant ? s’enquit aussitôt Patrice, intrigué. 

Je leur montrai à mon tour les prospecteurs du monde ovin pour ajouter : 

— Ils ne savent pas ce qu’ils font.
Puis, m’adressant à leur petit groupe :

— Il faut faire attention. On a déjà eu des cas de moutons qui ont muté et qui sont devenus carnivores... En général, ils attaquent en bande. 

— Ouaf, ouaf, désopilant, me lança le plus hardi de la bande qui déjà offrait sa main, salée par la sueur, à lécher à la plus proche des brebis. 

— Ce que j’en dis est complètement désintéressé, rétorquai-je. Mais ne venez pas vous plaindre si vous laissez un morceau de fesse dans l’affaire... 

Les autres l’imitant, ils furent bientôt à demi encerclés par le troupeau et quand quelques animaux commencèrent à leur lécher les jambes — tout aussi salées — ils se mirent à reculer pour se rapprocher de nous. Je donnai alors le signal du départ pour conserver quelque distance tout en profitant du spectacle avec le reste du groupe qui ne cachait pas sa bonne humeur. 

Nos intrépides se mirent à courir, mais les moutons accélérèrent eux aussi le pas, guidés par un grand bélier. Le temps de récupérer les sacs qu’ils avaient posés dans l’herbe, ils étaient rejoints et commençaient à s’inquiéter sérieusement. Ils nous doublèrent à la grande course tandis que je conseillais aux autres : 

— Suivez-les jusqu’au bord du torrent, là-bas, entre les deux parois rocheuses. Laurent, Fabrice, Arnaud et Patrice avec moi. On fonce dans le tas en gesticulant pour en faire reculer le plus possible et isoler le bélier. On le chassera ensuite quand il sera tout seul. Et nos petits malins seront sauvés.

Aussitôt fait que dit. 

Extrait :

Le repas se déroula dans une joyeuse ambiance, que la musique prolongea par des danses jusqu’au décompte annonçant le début de 1970 : dix, neuf, huit... etc., jusqu’à zéro déclenchant une explosion de « bonne année » « meilleurs vœux » et autres civilités porteuses de bonnes intentions. Puis ce fut la farandole des malaxages de phalanges avec les copains accompagnée de souhaits estampillés de sous-entendus graveleux et enfin les embrassades des filles.

—Bonne année, jolie slalomeuse, lançai-je en m’approchant de Maryse.. 
— La même pour toi, futur accompagnateur. 

L’échange de bises qui devait sceller ces bonnes paroles fut l’occasion de frôler nos lèvres en passant d’une joue à l’autre, ce qui eut pour effet de me rendre stupide. 

— Euh, excuse-moi, c’était...
— Tu veux pas me faire danser ?
— Mai ai ais... C’est que j...

— S’il te plaît... Y’a le Bébert qui me colle depuis le début de la soirée, je n’arrive pas à m’en dépêtrer...
— Tu sais, je suis pas très fort à ce jeu...
— Allons donc... Un mec qui skie comme tu le fais ne peut pas être nul sur une piste de danse. En plus, c’est une série de slow, tu ne risques pas grand-chose. Et voilà le boulet qui s’amène... 

Sans plus de palabres elle se jeta contre moi pour m’entraîner au milieu des autres couples qui avaient recommencé à tourner. Alors, seulement, tandis que je tentais de remettre en ordre la pagaille qui avait envahi ma poitrine, je réalisai que l’inconcevable venait de se produire... Maryse était dans mes bras, la tête sur mon épaule au grand déplaisir du Bébert qui devait muettement me vouer aux gémonies. Tandis que nous évoluions lentement sur une mélodie langoureuse, je me repassais le film de nos journées de glisse, quand elle venait me demander une astuce pour perfectionner un mouvement ou qu’elle s’arrangeait pour monter avec moi dans les télésièges... 

Jean le couillon, m’aurait assené mon père ! 

Deux titres plus tard, nos lèvres se joignaient, sans équivoque cette fois, achevant de me transporter au nirvana des simplets.

Les rendez-vous de Mireille Calmel

Par Mireille Calmel

Je suis née en décembre 1964, et depuis, je n’ai eu de cesse de me battre contre la maladie, la peur, l’adversité.

Condamnée trois fois par la médecine traditionnelle, j’ai eu la chance, immense, de m’en sortir grâce à ma mère, célèbre guérisseuse dans le midi de la France, mais aussi par l’usage des plantes médicinales, des huiles essentielles et une hygiène de vie rigoureuse.

Ma force, mon énergie, c’est dans l’écoute, le partage avec les autres et surtout, surtout dans l’écriture que je la puise.

Voici vingt cinq ans, j’ai signé mon premier contrat d’édition dans la prestigieuse maison XO pour un roman intitulé “Le lit d’Aliénor” qui allait séduire plus d’un million et demi de lecteurs.

Depuis, j’enchaîne les best-sellers. 32 à ce jour, toujours chez XO, car je suis d’un tempérament fidèle.

Mais cette réussite, c’est surtout à vous, mes millions de lecteurs que je la dois.

Ce sont vos regards qui pétillent, nos rires partagés, nos moments complices qui font mon bonheur. Qui font que la petite fille terrifiée d’hier est parvenue à s’aimer un peu. Juste assez pour rester humble face à tout cela et vouloir vous transmettre le meilleur de ce qu’elle aime, de ce qu’elle connaît.

Sans autre prétention que cela: vous remercier du fond du coeur de votre confiance sans cesse renouvelée.